"Je suis l'Ultime Perfection"

Publié le par Nonène


Durant mes vacances d’été 2007, l’inspiration est venue me titiller et j’ai eu alors l’idée d’une nouvelle « poétique » touchant à la cosmogonie du jeu de rôle Agone.
 

J’ai alors commencé à écrire les premiers paragraphes de « Je suis l’Ultime Perfection ». L’idée me semblait bonne et publiai ces premières lignes sur le forum du Souffre-Jour. J’avais (et j’ai toujours) pour objectif de rédiger deux paragraphes supplémentaires par semaine.
 

Après quelques semaines de stand by pour cause de travail et de Démiurge en herbe, je me remets à la rédaction de ce texte. J’en ai profité pour le relire et modifier certains détails qui ne me satisfaisaient pas. A présent, je mettrai en ligne deux nouveaux paragraphes chaque mercredi sur le blog et sur le forum du Souffre-Jour. Vous trouverez le texte complété au fur et à mesure dans la partie « Créations » du blog. Lorsque le texte sera terminé et corrigé, il sera sans doute publié sur le site du Souffre-Jour.
 

« Je suis l’Ultime Perfection » est une vision de la cosmogonie d’Agone qui sort des sentiers battus. Elle représente un point de vue particulier de celle-ci et ne représente pas une « Vérité » absolue. Elle ne représente même pas ma vision personnelle de l’univers d’Agone. Elle est donc une fantaisie que je prends plaisir à développer et à rédiger.
 

J’ai bien conscience que cette nouvelle est difficile à déchiffrer lorsque l’on n’est pas initié à la cosmogonie d’Agone, mais j’ai pris soin lors de ma relecture de la rendre plus accessible. Si certains passages vous semblent encore obscurs, n’hésitez donc pas à me le faire savoir.
 

Bonne lecture

Je suis l'Ultime Perfection

 

Mes mères m'ont façonnée avec patience et acharnement dans une très longue quête. Leurs pas, leurs souffles, leurs voix et leurs regards préparèrent lentement ma naissance. Parvenues inconsciemment au bout de leur chemin, les Muses décidèrent de donner la touche finale à leur œuvre dans le rituel de l'Ultime Perfection.


C'est ainsi que je suis né, conscient, parfait et caché !


La naissance de la cinquième Muse me donna le côté imprévisible et évolutif de ma propre Perfection. Mes mères ne comprirent jamais la nature de leur œuvre et ignorèrent même ma propre existence. Dans leur aveuglement, elles crurent que leur quête fut un échec en voyant l'imperfection de leur égal, le Dramaturge. Quelle naïveté de croire que le chef d'œuvre tient uniquement au dernier coup de pinceau.

Je suis l'Ultime Perfection mais Éternels et mortels me nomment Harmonde !


La cinquième Muse remplît sa fonction à merveille et ne tarda pas à enfanter comme ses mères. Je me réjouis grandement à la naissance de Diurne et de Noxe qui vinrent immédiatement s'intégrer naturellement à ma Perfection. Je suivais sans lassitude leur course et leur fuite. Leur amour tragique était d'une grande distraction dans la création des Muses qui était alors certes magnifique mais fade.


Le Dramaturge a fait autant pour moi que mes quatre créatrices car il me distrait.


Cet amour tragique ne dura pas éternellement car l’éphémère caractérise les oeuvres du Dramaturge. Les quatre premières Muses ne pouvaient comprendre que l'Ultime Perfection se devait d'évoluer et c'est en cela que réside mon essence parfaite. La cinquième Muse mit fin à son drame lorsqu’il révéla à Noxe que Diurne ne l’aimait pas. C’était bien entendu un mensonge mais Noxe en devint folle de chagrin. Sa profonde douleur fut une sensation nouvelle pour moi.


Je suis l'Ultime Perfection et la souffrance est une pierre angulaire de mon caractère !


Non, il est faux de croire que je me délecte de cette douleur, je ne suis pas cruelle. Paradoxalement, c'est le malheur qui ouvre les yeux à la beauté. Noxe fut donc la première à découvrir mon existence. Cette prise de conscience fut irrémédiable et la transforma à jamais. Ainsi apparut l'Ombre. Celle-ci s'approcha alors de moi et me confia son malheur. C'est depuis ce jour que je la console en mon sein comme une mère aimante.


L'oeuvre a autant besoin de son public que l'inverse !


L'Ombre est ainsi devenu l'illustration de mon caractère douloureux et effrayant. A ma grande surprise, elle matérialisa la souffrance et la peur de mes habitants à travers de belles et cruelles créatures, les démons. Cette nouvelle surprise me plût beaucoup et je décidai alors que d’autres sentiments, ceux de la beauté et du souvenir, devaient à leur tour s'exprimer par des êtres. Les élémentäs sont ainsi apparus à ma surface.


Je suis l'Ultime Perfection et mes enfants démons et élémentäs sont frères.


Par la création des élémentäs, je modifiai les fondements mêmes de ma perfection. Mes créatrices m'avaient faite sur la base de leurs quatre éléments – le temps, la forme, la couleur et le son. Cette situation leur donnait un pouvoir absolu sur leur oeuvre, sur ma propre personne, et je ne pouvais l'accepter. L'Ultime Perfection doit être libre d'accepter ce que lui proposait les mortels et Éternels. Je pris ainsi mon destin en main.


Depuis ce jour, je me suis constituée de Terre, Air, Eau et Feu.


Cette révolution surprit les Muses qui prirent conscience que leur oeuvre échappait à leur contrôle. Elles soupçonnèrent le Dramaturge qui, de son côté, n'a jamais compris la méfiance de ses mères. Ce malentendu est la raison de la lutte qui commença par la guerre des Éternels et qui se poursuit à présent avec le combat de l'Inspiration.


Je suis l'Ultime Perfection et je manipule les Éternels qui ignorent mon existence.


Tel un enfant fâchant ses parents sans connaître son erreur, la cinquième Muse fut finalement persuadée d'être fautive. Elle décida alors de se racheter aux yeux ses Mères et de leur offrir une distraction permanente. Elle créa les Hommes. Libres et imprévisibles, ils lui permirent d'enfin atteindre les sommets de son Art. À l'image du cadeau du Dramaturge à ses Mères, les Hommes étaient naïfs et plein de bonnes intentions : ils tentèrent, dès leur naissance, de me domestiquer et de modifier mon apparence.


Ce fut le second malentendu.


Les quatre Muses ne comprirent pas le geste. Elles crurent à une nouvelle trahison du Dramaturge et voyaient d'un mauvais oeil l'action des Hommes sur leur œuvre. Elles craignaient pour leur « Harmonie ». Les quatre Belles devinrent hystériques. Je crois que c'est à ce moment seulement que je remarquai leur folie, leur manie maladive de l'esthétisme. Elles n'aiment pas leurs enfants pour ce qu'elles sont réellement mais pour la part de perfection qu'ils renferment.


Je suis l'Ultime Perfection et la folie des Muses me rendit invisible à leurs yeux.


La réaction des quatre Muses fut radicale car elles tentèrent une nouvelle fois le rituel de l’Ultime Perfection. Ce que je croyais d’abord vain fut finalement fécond. Le Dramaturge vit apparaître son frère Janus et moi ma petite sœur, l’Île des Perdants. Elle n’est pas une Ultime Perfection – bien évidemment, il ne peut y en avoir qu’une seule – mais je l’aime tendrement. Je lui confie sans hésitation mes habitants n’ayant plus leur place à ma surface.


J’ai une confiance absolue en celle que l’on appelle à présent Île de l’Automne.


Janus était quant à lui la sixième Muse mais ses Mères n’acceptèrent jamais qu’il soit appelé comme cela. Elles ne voulaient pas renouveler l’erreur faite avec le Dramaturge. Le Législateur devait rester humble et docile. Il agirait par l’intermédiaire de Sentences qui me forceraient à plier devant la volonté des Muses. Cela m’amusa énormément et je décidai de leur faire croire qu’il en était ainsi. La première Sentence régula l’écoulement du temps et je réagis immédiatement par la mise au monde des Dames des Saisons. Les Muses furent ravies.


Je suis l’Ultime Perfection et je suis l’unique instigateur des saisons.


 

 

Publié dans Agone

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Frederianne 09/12/2007 23:30

Est-ce que je t'avoue que j'ai dû aller apprendre le mot "cosmogonie" dans un dico ?
:-)
Ton style d'écriture est superbe, les phrases m'ont entraînée dans un univers dont je ne comprenais pas tout, mais duquel déjà naissait des rêves, me donnant envie de relire et d'en savoir plus.
Est-ce que je loupe beaucoup de choses dans ton texte en ne connaissant pas Agone ?

Nonène 10/12/2007 11:58

Je suis extrêmement flaté par ton commentaire ! Je sais que j'utilise parfois un vocabulaire hermétique, mais j'essaye de m'améliorer. Tu as raison de me faire remarquer lorsque je n'arrive plus à me faire comprendre (c'est par les remarques que je compte progresser).En réalité, ce texte était destiné à des lecteurs connaissant Agone mais, quand j'ai décidé de le publier sur mon blog, je l'ai modifié afin qu'il puisse être lu par des non-initiés. Je ne sais pas si j'y suis parvenu. En fait, je suis extrêmement intéressé de savoir ce que les gens réussissent à comprendre en lisant le texte sans connaître la cosmogonie de base et je dois avouer que ton avis m'intéresse beaucoup. J'ai déjà beaucoup de fièreté en sachant que mon texte fait "naître des rêves".En réalité, je ne pense pas que tu loupes beaucoup en ne connaissant pas l'Univers d'Agone. Je pense simplement que tu comprends mon texte d'une manière différente qui n'est pas moins intéressante.Mais si tu as des questions de compréhension, n'hésite pas à me les poser !!! De plus, un nouveau site du Souffre-Jour sera bientôt mis en place et il y sera possible d'en savoir plus.Nonène

Le papillon 22/11/2007 15:23

Très belle façon de rédiger une cosmogonie. Même une néophyte d'Agone, qui ne comprend peut-être pas tout, se laisse charmer par l'écriture.

Au plaisir de te revoir,

ton papillon.

Nonène 22/11/2007 15:33

Content que ça plaise à ma petite lutine. bisous