Didacticiel pour des subventions suisses au jeu de rôle - Introduction

Publié le par Nonène

Chers lecteurs, voici l'introduction d'un article théorique et pratique sur le jeu de rôle.

 


I.      Introduction


En Suisse, le jeu de rôle est une activité qui puise très peu dans le « grand » fleuve des subventions culturelles, associatives, événementielles, etc.


Vous pensez peut être que l'Etat, les loteries, les organisations nationales ou régionales n'ont pas de place dans leur budget pour notre passion et nos créations. Que nenni, mes amis, que nenni !!! Toutes ces institutions offrent des aides, subventions et autres sponsorings à des activités culturelles bien moins populaires que le jeu de rôle. Je prends exemple des expositions artistiques qui n'attire pas plus de public qu'une convention de jeu de rôle ou encore d'obscures ouvrages qui ne se vende pas mieux que des ouvrages à succès de jeu de rôle (3000 exemplaires vendus en moyenne pour un bon jeu français[1]).


Peut être que quelques sceptiques au fond de la salle douteront de l'intérêt d'avoir à « mendier » des subventions pour notre passion. A ceux-là, je répondrai qu'il n'y a rien de honteux à demander sa part du gâteau et que le fait de la réclamer est un acte d'affirmation de la part de notre activité. L'obtention de nombreuses aides serait la bonne manière d'obtenir la considération officielle et une visibilité médiatique positive que beaucoup de rôlistes espèrent.

En effet, le bénéfice d'une contribution ne se limite pas à la valeur du montant accordé. L'obtention d'une aide démontre un intérêt réciproque entre les institutions et le projet subventionné et accorde une reconnaissance d'utilité publique au bénéficiaire. On ne donne pas à n'importe qui !


D'autres minimisent peut être l'apport financier que peut représenter les subventions qui sont parfois distribuées « au lance-pierre ». Je peux facilement répondre à cette vision que le jeu de rôle n'est pas un secteur économique actuellement florissant (qui était déjà dépeint de manière peu avantageuse en 2000[2] et la situation ne s'est pas amélioré depuis) et que tout apport financier supplémentaire peut offrir un bol d'air frais à un secteur qui peine à se ménager des bénéfices par lui-même.

J'ajouterai également qu'une subvention de l'ordre de 5'000 CHF (7'500 €) est en mesure de diminuer le prix d'un jeu de rôle[3], de réduire le risque encouru par l'éditeur[4] ou d'améliorer la qualité des conventions (décors de rêve, invités spéciaux, salles plus spacieuses, etc.) de manière significative. Ainsi tous les acteurs du jeu de rôle, du consommateur à l'éditeur en passant par l'organisateur, peuvent y gagner en faisant appel aux subventions.


Les plus irréductibles reprocheront également que l'argent public mettra le jeu de rôle dans une situation de dépendance ou encore que la liberté de création pourrait être bridée par des exigences provenant d'acteurs étrangers au jeu de rôle (politiques, culturels, etc.). Certes, les subventions sont rarement obtenues sans contrepartie mais elles ne sont en aucun cas obligatoire et peuvent être demandées au cas par cas selon les projets. De même de nombreux secteurs culturels vivent de manière non-négligeable grâces aux subventions et je n'ai pas l'impression que leur liberté d'expression soit bridée.


Devant tants d'avantages, on est en mesure de se poser la question suivante : pourquoi le jeu de rôle ne fait-il pas plus appel à l'aide publique ?

Christophe Voisin apporte quelques éléments de réponse à cette question pour la France[5] et je suppose et devine grâce à mon expérience personnelle que la situation en Suisse romande est similaire.

Les associations de jeu de rôles désirent nouer contact avec les pouvoirs publics, notamment pour bénéficier de leur soutien dans leurs activités. Malheureusement, elles ne sont pas très nombreuses à avoir fait les démarches. Les raisons de ce manque d'action ne sont pas expliquées clairement si ce n'est par le caractère bénévole de ces associations et du manque de continuité les savoirs et des contacts qui sont évoqués dans les interviews réalisés par Voisin.

Ces derniers relèvent également que les acteurs créatifs et éditoriaux n'ont pas de contact avec la sphère publique et privilégient les contacts « dans le milieu ». Selon l'auteur, « l'idée de "repli défensif" et le souhait d'autonomie »[6] existe chez les rôlistes. Il entend par là que les rôlistes ont développé un réseau propre, notamment à l'aide d'internet.


Ces constatations me poussent donc à penser que les raisons pour lesquelles le jeu de rôle ne fait pas appel à l'aide publique proviennent de deux facteurs :

-         La méconnaissance des rouages administratifs et le manque d'outils facilitant ou vulgarisant la demande de subvention par les acteurs du jeu de rôle

-         L'ignorance des bénéfices potentiels qu'apporte un recours adéquat aux subventions ou aides des pouvoirs publics.


Je ne vais pas m'acharner ici à vérifier ces deux hypothèses mais plutôt à y remédier. C'est donc dans une optique utilitariste et informative que ce travail tentera de lister les possibilités d'aides auxquelles le jeu de rôle a droit.

Les diverses possibilités de subvetnion seront donc décrites à la manière d'un didacticiel en précisant leurs conditions d'obtentions ainsi que la démarche administrative pour les obtenir.


Ce document se limitera aux opportunités suisses romandes au niveau national et cantonal. Cette limitation est dictée par ma méconnaissance des rouages administratifs d'autres régions et couvrira que de manière générale le niveau local à cause de la difficulté qui réside dans sa grande diversité.

Ce document renferme les principales alternatives suisses mais il est très difficile d'être complet. C'est pour cette raison que toute contribution est bienvenue afin de combler les éventuelles lacunes de ce didacticiel.

Il serait également bienvenu qu'un semblable document soit rédigé pour d'autres régions, francophones ou non, car il arrive souvent que les subventions puissent traverser les frontières.


Après avoir présenté l'ensemble des potentialités qui s'offrent au jeu de rôle, je conclurai en exposant tout ce qui pourrait être fait dans le milieu rôliste pour faciliter ou rendre possible l'obtention du maximum de subventions.



[1] Julien Blondel et Michaël Croitoriu, « L'argent du jeu de rôles », in Backstab n°22, juillet/aout 2000.

[2] Idem

[3] Sachant qu'à l'heure actuelle, certains jeux de rôle sont imprimés à 100 exemplaires. Une subvention peut soit directement se répercuter sur le prix ou alors augmenter le tirage ce qui diminue le prix de l'impression par ouvrage.

[4] En s'intégrant directement au budget d'édition, le point mort (le nombre de jeux qu'il faut vendre pour couvrir tous les frais engagés dans la production du jeu) d'un jeu de rôle peut descendre de manière importante.

[5] Christophe Voisin, Jeu de rôle, un loisir en mutation ou en déclin, 2006.

Disponible en téléchargement, http://www.ffjdr.org/jdr/fond/etude_cvoisin

[6] Op. cit., p. 59.


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Akae 13/03/2010 11:41


Excellent article! C'est très éclairant. Bonne introduction qui pousse à aller voir aussi du côté Français ce qui peut se faire.

Merci Lionel


Frederianne 12/05/2009 15:14

Très intéressant !

Je vais te souhaiter une bonne continuation, car je quitte cette blogosphère, pour ne plus rester que musicalement sur mon MySpace.
Mais j'essayerai de passer de temps en temps par là !

Bises d'amitié

Elwin 13/03/2009 15:12

Juste en passant: 3000 jeux en moyenne c'était bon en 2000. Aujourd'hui la moyenne serait plutôt à 1500. 3000 c'est un succès.
Le premier jeu des Deadcrows, qui a fait un flop, a tourné autour de 300 exemplaires. En micro-éditions on est content à 200 vendus.

E.

Christoph 16/02/2009 15:08

Cette introduction éveille mon intérêt! Vivement la suite.