Partie "Des Drachmes pour les braves"

Publié le par Nonène

Cet article fait suite à l'article de vendredi dernier.

Prenons ce qu'ont fait les joueurs les uns après les autres :
Bourmam le bouché était un novice à Agone mais pas en jeu de rôle. Il voulait interpréter son personnage à fond. Même si son personnage avait été créé par moi, il se l'est approprié d'une manière étonnante et surprenante. Il faut dire que je l'ai laissé faire et l'ai encouragé dans cette voie. Il ne s'intéressait pas vraiment à l'univers mais ce n'est pas grave car il a bien participé à l'ambiance. Ce joueur m'a avoué après la partie qu'il s'était éclaté et ça m'a fait très plaisir.
Un exemple de son interprétation : étant paranoïaque et garde du corps, il me demande à part et m'explique qu'il ne veut pas que son patron aille à la réception (l'évènement d'ancrage dont j'ai déjà parlé). Il souhaite donc envoyer ses hommes masqués ligoter et baillonner Magrit et le remplacer par un acteur...  
Je prends Magrit à part et lui explique ce qui se passe (il n'arrive pas à échapper au plan de son garde du corps).
Lorsque Bourmam revient de la réception, il libère son patron et lui avoue son forfait (et oui, il est loyal et il le joue).

Magrit de Kerviel était un maître de jeu qui cherchait des inspirations pour Agone (c'est en tout cas ce que j'ai pu comprendre). Il était très attentif à mes explications et au déroulement du jeu. Il a été comblé par le tour de force de Magrit. Après lui avoir expliqué comment il s'est fait ligoter, revenant à la table, je déclare : "Ainsi vous partez tous à la réception...". Il n'a pas compris tout de suite qu'il avait été remplacé et assistait étonné aux scènes des autres qui ignoraient la vérité (à part le garde du corps). J'ai tout mis en oeuvre pour que les autres joueurs ne se doutent de rien en laissant le joueur assister aux scènes qui mettait en scène son remplaçant.
Le joueur était fasciné par ce qui se passait et voulait absolument que je lui révèle la technique qui a permis la situation (alors que je n'étais pas à l'origine de celle-ci) : "Il faut absolument que je le fasse à mes joueurs !!!"
Après avoir découvert la vérité, il commence à interpréter son personnage avec Bourcham et ils commencent à faire un duo avec des dialogues de jeu très amusants : "Je vais te faire battre Bourcham !!!" "Non, maître, je ne faisais que vous servir et veiller à votre sécurité."
Je les ai laissé poursuivre pendant que je m'occupais des autres joueurs.

Alcène était une éminence grise expérimentée, c'était donc plus difficile de le surprendre et il était sans doute celui qui comprenait le plus rapidement les subtilités du scénario. Il s'est lancé dans l'enquête avec peu de succès malheureusement.
Je m'appliquais à expliquer certains détails techniques pour qu'il suive plus en profondeur et je crois que ça lui a plu. Je masterisais pour un connaisseur.

Mértin était un novice d'Agone et il cherchait à découvrir l'univers et à se l'approprier. Il a pris de la liberté dans l'interprétation de la magie et j'ai adapté les règles pour m'adapter à sa vision. J'essaye d'être le moins rigide possible surtout lorsque c'est cohérent. C'est lui qui est allé le plus loin dans l'intrigue principale. Il a tellement exploré le décor que j'ai dû l'approfondir avec beaucoup d'improvisation et il l'a exploité à son profit.
C'était un vrai challenge d'approfondir avec un joueur novice. Il s'en est très bien sorti et il a été le moins largué lorsque Kefmir a créé la surprise.
Pour résumer les points importants du jeu de Mértin : il s'est intégré à l'association magique la plus puissante de la ville (la loge de la Courterie) et j'ai du lui improviser un bizutage original et crédible.

Kefmir était un joueur d'Agone qui avait de la bouteille. Il n'interprétait pas le personnage le plus évident et il a exploré son personnage tout en intégrant subtilement le décor. Tout en enquêtant pour son patron, il s'est intéressé de très près à une intrigue annexe dans laquelle il s'est fait une place de choix : il s'agissait de la volonté des conjurateurs de la ville de remplacer les mages de la Courterie (dont faisait partie Mértin). Après plusieurs plans vaseux (mais extrêmement amusants) et désaveux de ses compagnons, il me déclare qu'il veut rejoindre la cabale des conjurateurs. C'est le coup de théâtre complet que je trouvais esthétique et très intéressant !!! J'ai alors pris la décision de sortir une intrigue gigantesque que je n'avais pas prévu pour ce scénario (créée pour mon atlas de la République mercenaire et la campagne qui l'accompagnera). Il faut dire que j'avais donné durant le jeu des indices discrets et innocents à ce sujet dans mes descriptions et que finalement rien n'était totalement parachuté mais respectait une cohérence visible.
Ainsi l'intrigue principale est abandonnée pour créer une fin épique et surprenante.
Je laisse entendre à Mértin (le moins largué sur le coup) que les conjurateurs préparent un sale coup afin qu'il agisse pour que les mages s'en mêlent et rendre la fin encore plus grandiose. Malheureusement le discours de Mértin laissait à désirer pour convaincre ses amis d'agir ("Allez, venez, ils sont méchants et ils vont nous faire du mal" "Non je n'ai pas de preuve mais on est copains, non ?", je lui laisse l'occasion de le jouer aux dés (pourtant je n'aime pas ça). Malheureusement, il fait un monstrueux échec critique !!! La fin se déroulera sans les mages.  

Commence alors le grand final, je le décris à tous les joueurs même si seul le personnage Kefnir assiste à la scène. Ils invoquent un démon de cinquième cercle (satan, en un peu moins puissant). Les joueurs qui n'avaient pas vu venir la trahison de Kefnir sont bluffés par ce qui se passe et le joueur interprétant Kefnir est enchanté. Il conclut alors un contrat avec le démon qui demande la liberté de régner 1000 ans sur le pays en échange de quoi il soutient l'instauration d'un nouveau système économique contrôlé par les conjurateurs à la place des mages.

Ainsi se termine cette partie pleine de surprises et finalement plus courte que prévu. J'explique dans un petit débriefing ce que les joueurs n'avaient pas compris ou plutôt ce à quoi ils n'avaient pas assisté. Les éminences grises comprennent alors toute la cohérence de l'histoire. J'étais très heureux de savoir qu'ils ont tous passé un aussi bon moment que moi.

Je crois que le scénario "Des Drachmes pour les braves" est le plus abouti que j'ai inventé. Après l'avoir fait jouer deux fois, je n'y ai découvert aucun problème majeur et il est très équilibré. Il faut dire que j'ai pris en compte les petites failles du dernier en date "Le parjure". J'espère donc le faire jouer encore plusieurs fois pour explorer toutes ses possibilités.

Cette partie démontre aussi que j'ai réussi à concilier les attentes différentes de joueurs inconnus (techniquement, tous simulationnistes mais à des niveaux très différents, cherchant la simulation de leur personnage, de l'intrigue ou de l'univers). Il faut dire que j'ai dû pas mal jongler entre les joueurs pour m'occuper de chacun et qu'ils ne s'ennuient pas. C'était tellement prenant que j'ai dû me passer de cigarette pendant plusieurs heures (une seule pause en tout). Ceux qui me connaissent savent ce que ça signifie !!!
Je suis donc très fier des progrès effectués dans la masterisation.

De plus, j'ai pu faire plusieurs constats concernant les one-shots :
1) La cohérence est essentielle pour la réussite d'un scénario
2) Un large décor de qualité et, surtout, une connaissance parfaite de ce dernier sont essentiels pour laisser le plus de liberté possible aux joueurs sans devoir ramer pour recoller les morceaux.
3) Les personnages prétirés permettent une plus grande cohérence de l'histoire mais n'empêchent pas les joueurs de se l'approprier et de prendre de la liberté.
4) Les scénarios one-shot peuvent être aussi grandioses que les campagnes de jeu de rôle. Ils peuvent être un vrai concentré de campagne.

De ces constats, je tire également des apprentissages personnels :
1) Je dois continuer à soigner la cohérence de mes scénarios.
2) Pour réussir, je dois continuer dans ce que je connais bien et que j'ai déjà beaucoup développé : la République mercenaire. Je pense que je ferai mes prochains one-shots d'Agone dans cette contrée malgré la tentation d'essayer autre chose. J'explorerai d'autres lieux lors de campagnes ou simplement dans mes créations rôlistiques.
3) J'ai une préférence pour les personnages prétirés et je continuerai à soigner cet aspect de mes scénarios. D'ailleurs, je me rends également compte que j'ai moi-même beaucoup de plaisir de jouer en prétiré.
4) J'organiserai plus souvent des one-shots de qualité pour mes amis. Ce serait stupide de ne pas leur en faire profiter.

Publié dans Agone

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Le Baron 14/07/2008 20:01

Et tu vas le mettre sur le souffre-jour ce scénario ?

Nonène 16/07/2008 21:59


Je ne sais pas encore... mais en principe pas : je préfère faire des aides de jeu plus générales. Ainsi, ce scénario débouchera sans aucun doute à une AdJ décrivant Rougelune avec de nombreuses
intrigues proposées.