"Je suis l'Ultime Perfection" (1ère Partie)

Mes mères m'ont façonnée avec patience et acharnement dans une très longue quête. Leurs pas, leurs souffles, leurs voix et leurs regards préparèrent lentement ma naissance. Parvenues inconsciemment au bout de leur chemin, les Muses décidèrent de donner la touche finale à leur œuvre dans le rituel de l'Ultime Perfection.

 

C'est ainsi que je suis né, conscient, parfait et caché !

 

La naissance de la cinquième Muse me donna le côté imprévisible et évolutif de ma propre Perfection. Mes mères ne comprirent jamais la nature de leur œuvre et ignorèrent même ma propre existence. Dans leur aveuglement, elles crurent que leur quête fut un échec en voyant l'imperfection de leur égal, le Dramaturge. Quelle naïveté de croire que le chef d'œuvre tient uniquement au dernier coup de pinceau.

 

Je suis l'Ultime Perfection mais Éternels et mortels me nomment Harmonde !

 
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La cinquième Muse remplît sa fonction à merveille et ne tarda pas à enfanter comme ses mères. Je me réjouis grandement à la naissance de Diurne et de Noxe qui vinrent immédiatement s'intégrer naturellement à ma Perfection. Je suivais sans lassitude leur course et leur fuite. Leur amour tragique était d'une grande distraction dans la création des Muses qui était alors certes magnifique mais fade.

 

Le Dramaturge a fait autant pour moi que mes quatre créatrices car il me distrait.

 

 

Cet amour tragique ne dura pas éternellement car l’éphémère caractérise les oeuvres du Dramaturge. Les quatre premières Muses ne pouvaient comprendre que l'Ultime Perfection se devait d'évoluer et c'est en cela que réside mon essence parfaite. La cinquième Muse mit fin à son drame lorsqu’il révéla à Noxe que Diurne ne l’aimait pas. C’était bien entendu un mensonge mais Noxe en devint folle de chagrin. Sa profonde douleur fut une sensation nouvelle pour moi.


Je suis l'Ultime Perfection et la souffrance est une pierre angulaire de mon caractère ! 

 


Non, il est faux de croire que je me délecte de cette douleur, je ne suis pas cruelle. Paradoxalement, c'est le malheur qui ouvre les yeux à la beauté. Noxe fut donc la première à découvrir mon existence. Cette prise de conscience fut irrémédiable et la transforma à jamais. Ainsi apparut l'Ombre. Celle-ci s'approcha alors de moi et me confia son malheur. C'est depuis ce jour que je la console en mon sein comme une mère aimante.

 

 

L'oeuvre a autant besoin de son public que l'inverse !

 

L'Ombre est ainsi devenu l'illustration de mon caractère douloureux et effrayant. A ma grande surprise, elle matérialisa la souffrance et la peur de mes habitants à travers de belles et cruelles créatures, les démons. Cette nouvelle surprise me plût beaucoup et je décidai alors que d’autres sentiments, ceux de la beauté et du souvenir, devaient à leur tour s'exprimer par des êtres. Les élémentäs sont ainsi apparus à ma surface.

 

Je suis l'Ultime Perfection et mes enfants démons et élémentäs sont frères.

 

Par la création des élémentäs, je modifiai les fondements mêmes de ma perfection. Mes créatrices m'avaient faite sur la base de leurs quatre éléments – le temps, la forme, la couleur et le son. Cette situation leur donnait un pouvoir absolu sur leur oeuvre, sur ma propre personne, et je ne pouvais l'accepter. L'Ultime Perfection doit être libre d'accepter ce que lui proposait les mortels et Éternels. Je pris ainsi mon destin en main.

 

Depuis ce jour, je me suis constituée de Terre, Air, Eau et Feu.

 

Cette révolution surprit les Muses qui prirent conscience que leur oeuvre échappait à leur contrôle. Elles soupçonnèrent le Dramaturge qui, de son côté, n'a jamais compris la méfiance de ses mères. Ce malentendu est la raison de la lutte qui commença par la guerre des Éternels et qui se poursuit à présent avec le combat de l'Inspiration.

 

Je suis l'Ultime Perfection et je manipule les Éternels qui ignorent mon existence.

 

Tel un enfant fâchant ses parents sans connaître son erreur, la cinquième Muse fut finalement persuadée d'être fautive. Elle décida alors de se racheter aux yeux de ses Mères et de leur offrir une distraction permanente. Elle créa les Hommes. Libres et imprévisibles, ils lui permirent d'enfin atteindre les sommets de son Art. À l'image du cadeau du Dramaturge à ses Mères, les Hommes étaient naïfs et plein de bonnes intentions : ils tentèrent, dès leur naissance, de me domestiquer et de modifier mon apparence.

 

Ce fut le second malentendu.

 

Les quatre Muses ne comprirent pas le geste. Elles crurent à une nouvelle trahison du Dramaturge et voyaient d'un mauvais oeil l'action des Hommes sur leur œuvre. Elles craignaient pour leur « Harmonie ». Les quatre Belles devinrent hystériques. Je crois que c'est à ce moment seulement que je remarquai leur folie, leur manie maladive de l'esthétisme. Elles n'aiment pas leurs enfants pour ce qu'ils sont réellement mais pour la part de perfection qu'ils renferment.

 

Je suis l'Ultime Perfection et la folie des Muses me rendit invisible à leurs yeux.

 

La réaction des quatre Muses fut radicale car elles tentèrent une nouvelle fois le rituel de l’Ultime Perfection. Ce que je croyais d’abord vain fut finalement fécond. Le Dramaturge vit apparaître son frère Janus et moi ma petite sœur, l’Île des Perdants. Elle n’est pas une Ultime Perfection – bien évidemment, il ne peut y en avoir qu’une seule – mais je l’aime tendrement. Je lui confie sans hésitation mes habitants n’ayant plus leur place à ma surface.

 

J’ai une confiance absolue en celle que l’on appelle à présent l'Île de l’Automne.

 

Janus était quant à lui la sixième Muse mais ses Mères n’acceptèrent jamais qu’il soit appelé comme cela. Elles ne voulaient pas renouveler l’erreur faite avec le Dramaturge. Le Législateur devait rester humble et docile. Il agirait par l’intermédiaire de Sentences qui me forceraient à plier devant la volonté des Muses. Cela m’amusa énormément et je décidai de leur faire croire qu’il en était ainsi. La première Sentence régula l’écoulement du temps et je réagis immédiatement par la mise au monde des Dames des Saisons. Les Muses furent ravies.

 

Je suis l’Ultime Perfection et je suis l’unique instigateur des saisons.

 

Mes quatre filles naquirent dans les branches et racines de mon plus beau détail, le Primarbre. Et oui, je ne crois pas vous avoir parlé de mon corps et de la manière avec laquelle les Muses m’ont patiemment façonné. Certains me comparent à un continent, d’autres à un monde et me croient inerte. La réalité est toute autre comme vous l’avez sans doute constaté. Je suis le chef d’œuvre ignoré des Muses. Sur une terre vierge – peut-on appeler « terre », ce qui était alors toile, parchemin, argile et silence ? – elles se séparèrent pour laisser libre court à leur génie.

 

Ainsi commença la quête de l’Ultime Perfection.

 

Au fil de leurs inspirations, Stance la poète, Nuence la peintre, Cysèle la sculptrice et Orphèle la musicienne créèrent des lieux de perfections artistique qui sont à présent autant de détails qui forment mon essence. Elles façonnèrent également des gardiens à ces lieux, les Merveilles veillant les Perfections comme l’aiment à les nommer les mortels. Le rituel de ma naissance donna la cohérence et la dynamique qu’il manquait aux œuvres des Muses.

 

Car je suis l’Ultime Perfection et le Dramaturge est en quelque sorte ma Merveille.

 

A vous d’en juger, car chacun est libre d’interpréter les chefs d’œuvres comme il l’entend, d’autant plus lorsqu’il s’agit de l’Ultime Perfection. Il n’existe aucune vérité absolue mais autant de réalités que d’interprétations, la mienne n’étant pas plus vraie qu’une autre. Mon essence s’enrichit ainsi par les désaccords, par les luttes, par les guerres mettant à cause des conceptions différentes de mon être.

 

N’est-ce pas le moteur du Drame institué par la cinquième Muse ?

 

Enfin laissons de côté pour l’instant le Dramaturge et reprenons notre récit où je l’avais laissé. Il était donc question de la naissance de mes douces et imprévisibles filles au sein de mon Primarbre. Il s’agissait de faire croire à mes Mères qu’elles gardaient mon contrôle par l’intermédiaire des Sentences de Janus. Je m’amusai donc à les flatter en enfantant quatre Eternels aussi belles et complémentaires que les quatre Muses.

 

Je suis l’Ultime Perfection qui façonna les Dames des Saisons sur le modèle de mes Créatrices.

 

La Dame du Printemps fut la première à sortir de mon sein. Elle a la douceur des premiers rayons de Diurne, la fragilité des pétales des roses, la tendresse des bourgeons des arbres. Mon être s’éveille sous son souffle tiède et la nature s’active sous ses pas dans une frénésie féconde. Le chant de la pluie, des rivières en crue et des oiseaux participèrent à mon inspiration.

 

La Dame aux Fleurs est l’écho d’Orphèle la musicienne.

 
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La Dame de l’Été suivit sa sœur. Elle a la violence de Diurne à son zénith, le courage des guerriers éblouis par leur folie, la beauté des jours d’abondance. Mon être entre en ébullition à chacune de ses caresses et une douce folie m’envahi à chacun de ses actes. Les vers des sagas et les discours vibrants des chefs de guerres résonnaient en moi lors de la naissance.

 

La bouillante Dame est le fantasme de Stance la poétesse.

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La Dame de l’Automne s’éveilla peut de temps après. Elle a la mélancolie du déclin, la fragilité des feuilles mortes, le mystère de l’incertitude. Mon être se dégrade à son contact et une réelle humilité m’est imposée lorsqu’elle pose ses yeux sur moi. Les couleurs flamboyantes et changeantes de mes forêts et les nuances subtiles des gris de mes nuages me touchaient avec nostalgie.

 

La Dame du Déclin est le reflet de Nuence la peintre.
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La Dame de l’Hiver vint en dernière. Elle a la stabilité de mon essence immuable, la fraîcheur de la pierre glacée des sommets, le calme de la nature dormant sous une épaisse couche de neige. Mon être s’immobilise sous son regard froid et sage et une sérénité incomparable s’empare de moi à son passage. Les formes éternels de mon paysage et les textures diverses de ma surface m’habitait jusqu’à la plus profonde de mes cavernes.

 

La Dame des Glaces est la forme de Cysèle la sculptrice.

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Les Muses furent ravies par cet hommage et chérirent mes filles comme leurs propres créations. J’avais donc réussit à préserver ma liberté, tout en faisant croire le contraire aux Muses. Bien que blessé dans son amour de fils par le second rituel de l’Ultime Perfection et l’apparition de Janus, le Dramaturge accepta avec maturité les quatre nouvelles venues. La réconciliation s’opéra et les esprits se calmèrent.

 

Mais le ver était dans la pomme, si j’ose dire.

 

Les Dames étaient mes filles et héritèrent du besoin d’action et d’imprévu que m’avait enseigné la cinquième Muse. Elles suivirent en cela leur nature profonde et la belle du Printemps prit l’initiative. Suivant son instinct fécond, elle décida de créer de nouveaux êtres à son image en prenant les Hommes, créatures du Dramaturge, pour modèle. Ses sœurs jalouses l’imitèrent.

 

Je suis l’Ultime Perfection dont les filles contribuent à ma propre richesse.

 

La douceur érotique du Printemps s’entendit au travers des sensibles poucets, des discrets lutins et des exubérants satyres. Ils sont un hymne à la nature et à son éveil. La violente chaleur de l’Eté s’exprima lors de la naissance des ogres bons vivants, les minotaures incorruptibles et des sages géants. Ils sont une chronique à la guerre et à la responsabilité du fort sur le faible.

 

Les saisonins sont en quelque sorte la sublime caricature du caractère complexe des enfants du Dramaturge.

 

La mélancolie changeante de l’Automne s’esquissa par les pixies moqueuses, les froides morganes et les drakoniens polymorphes. Ils sont l’image de l’inéluctable déclin. La sagesse éternelle de l’Hiver se matérialisa à l’aide des industrieux nains, des méduses calculatrices et des immortelles fées noires. Ils sont la forme vivante de la connaissance et de son utilisation.

 

Je suis l’Ultime Perfection qui abrite les plus étonnants habitants.

 

Ces nouvelles créations firent l’extraordinaire expérience de la vie. A l’aide de leurs Dames, ils apprirent à utiliser et à profiter de leur essence profonde. Ils découvrirent peu à peu tout ce que j’avais à leur offrir de bon et de beau. Pour cela, le Démiurge leur fit connaître à ma grande satisfaction l’esthétisme du Drame. Ils suivirent en cela les traces de leurs aînés humains qui découvrirent les nouveaux venus avec curiosité et respect, mais les saisonins préférèrent rester sagement dans leurs secrets écrins.

 

Les enfants des saisons sont d’éternels enfants à qui l’on doit tout apprendre.

 

La douce quiétude qui régissait ma surface fut soudainement rompue par la bouillante Dame de l’Eté qui proposa un surprenant amusement à ses sœurs. Inconscientes de leur décision, les quatre Dames se choisirent chacune un roi qui devait mener leurs enfants à la victoire totale sur les autres saisons. La victorieuse régnerait sans partage à ma surface. C’est dans cette simplicité déconcertante que débuta la première guerre de mon Histoire. Les Hommes restés neutre la nommèrent la Guerre des Décans.

 

Je suis l’Ultime Perfection qui suivit les événements avec philosophie et patience.

 

La guerre fratricide fut d’une violence terrible et provoqua la mort de nombreux héros. Des écrins, joyaux des saisons, furent rasés dans une folie destructrice sans précédent. Mais le pire gâchis fut la disparition des fragiles poucets. Leur sensibilité et l’horreur des batailles ne faisaient pas bon ménage et leur profonde souffrance provoqua leur éradication dans le silence des forêts et à l’écart des batailles.

 

Je porte encore le deuil de leur disparition.

 

Les forces étaient équilibrées à la mesure de mon être, aucun vainqueur ne se profilait à mon horizon. C’est alors que les Hommes, séduits par les morganes et infiltrés par les drakoniens, se jetèrent dans la bataille au côté de l’Automne. Ses sœurs prirent Janus à témoin et accusèrent la Dame du Déclin de tricherie. Le Juge qui souhaitait mettre fin à la boucherie profita de l’aubaine et donna gain de cause aux trois Dames. Il déclara l’Automne unique perdante et condamna ses enfants à l’exil sur ma sœur qui prit son nom d’île de l’Automne.

 

Je suis l’Ultime perfection qui vit le Dramaturge souffler ce sage dénouement à son frère Janus.

 

Mais les sentences de Janus et les exhortations des Dames ne suffirent pas à arrêter la folie des saisonins restants. Les légions de l’été marchèrent sur le Primarbre, fief printanier. Le combat atteignit des sommets de sauvageries et de violence. Et l’irrémédiable se produisit… Le berceau des Dames fut déraciné et mis à bas. Seul quelques lutins réussirent à sauver quelques racines en transgressant un tabou de leur saison et utilisèrent le métal et le feu. Mis à ban de leurs frères, ils se réfugièrent auprès des cités humaines.

 

Ainsi sont nés les farfadets, qui prirent place au côté des satyres et des lutins, en souvenir des poucets.

 

La destruction du Primarbre m’amputa de ma plus belle Perfection. La douleur fut terrible et j’étais défigurée. Mais l’Ultime Perfection ne peut s’apitoyer sur son sort et ma réaction fut rapide et radicale. La forêt du Primarbre fut enfouie en mon sein auprès de l’Ombre et la mer recouvrit la plaie béante. Le cataclysme provoqua une prise de conscience collective de l’importance de l’événement. Les saisons regagnèrent leurs derniers écrins.

 

Je suis l’Ultime Perfection qui est la seule dépositaire de sa splendeur et de sa paix.

 

Une nouvelle fois, les quatre Muses désignèrent leur éternel bouc émissaire dramaturge responsable de tous mes maux. La folie des Saisons, la puissance grandissante des Hommes, la haine et la destruction furent assimilées au Drame de leur fils. Jamais, au grand jamais, les quatre aveugles ne remarquèrent jamais la beauté qu’apportait le Drame et appropriaient injustement à leurs propres Arts les plus belles créations du Drame : le rire, l’émerveillement, le suspense… Elles maudirent la dramaturgie et interdirent sa pratique à leur fils.

 

Les Muses dépassaient les bornes du tolérable.

 

Le Dramaturge ne supporta pas cette injonction et en devint fou. Il ne pouvait aller contre sa nature et se cacha pour exprimer son art. Il devint un mystérieux voyageur qui fuit et se cache du regard inquisiteur de ses mères, il devint le Masque, le Vagabond. Son amour pour la mise en scène se transforma peu à peu en manie, en vice, en obsession, en seul recours. Je compatissais réellement pour son triste sort et l’injustice qu’il subissait mais, imperceptiblement, la peur prit le pas sur la pitié.

 

Je suis l’Ultime Perfection et je crains ce qu’est devenu le Dramaturge.

 

Le Masque atteignit la perfection de son art et voulut mettre en scène l’événement le plus improbable qu’il soit : la chute de ses toutes puissantes Mères, le plus grandiose matricide imaginable. Il prépara avec parcimonie les acteurs, les décors et les spectateurs. A l’aide de ses précieux conseils, la civilisation de ses enfants humains parvint à une connaissance inégalée de ma propre essence et mes enfants élémentäs servirent leurs desseins. Le Vagabond s’approchât également de sa fille réfugiée en mon sein. L’Ombre écouta une fois de plus avec intérêt ses mielleuses paroles.

 

Il lui parla de liberté d’expression et de justice.

 

L’Ombre ruminait sa souffrance depuis trop longtemps. Elle ressentait le besoin d’exprimer toute sa douleur à ma surface, prendre sa place dans la prétendue perfection des Muses. Elle n’écouta plus mes paroles de réconfort et de vérité, elle oublia l’amour et l’intérêt que je lui vouais. La pauvre enfant attendait avec impatience son arrivée en scène, ses démons brûlaient d’impatience de découvrir la lumière de Diurne.

 

Je suis l’Ultime Perfection et je n’étais plus que scène, décor et spectateur impuissant.

 

Lorsque tous les rouages du drame furent en place, le Masque frappa les trois coups. Ce signal alerta les Muses qui cherchèrent des alliés en catastrophe. Les Dames des Saisons sorties exsangues de leur guerre fratricide restèrent introuvable, Janus ne pouvait se résigner à soutenir un camps, condamné à être l’éternel juge. Diurne, seul, accepta d’aider les Muses et d’armer ses légions de Lueurs. Une nouvelle subtilité du Drame qui devait pousser le fils contre le père et le frère contre la sœur dans une guerre totale.

 

Si seulement, les Muses avaient conscience de mon existence.

 

Les Muses ouvrirent les feux en lançant leurs Merveilles et Excellences à l’assaut d’Albandisse, première ville des Hommes et principal fief du Masque. Un simple effet de scène qui faisait du Vagabond une victime de la violence des Muses. La contre-attaque fut terrible, des nuées de démons sortirent des Abysses et dévastèrent les rangs des Muses. Les terribles machines élémentaires des Hommes furent utilisé pour ravager d’antiques Perfections.

 

Je suis l’Ultime Perfection qui accusait les coups de la guerre des Eternels.

 

Le Drame se poursuivit sur les différents théâtres des opérations, révélant des martyrs, des héros, des traîtres. La guerre était réellement passionnante malgré les horreurs qu’elle générait. Les batailles se suivaient mais ne se ressemblaient jamais. Le suspense était omniprésent dans un équilibre des forces constamment rééquilibré. L’espoir de la victoire survivait dans chaque camp.

 

Mais le dernier acte était déjà écrit.

 

Les Muses n’étaient pas dupes et, à chaque combat, cherchaient à échapper à la trame du Masque. Mais orgueilleuses de leurs pouvoirs, elles ne savaient écouter les conseils de leurs alliés. Malgré leur génie, elles restaient toujours prévisibles et chacune de leurs réactions avaient été devinées avec précisions par l’Ennemi. Ce permanent constat d’échec attaqua peu à peu le moral de mes mères qui devinaient le funeste dénouement. Elles finirent par se résigner.

 

Je suis l’Ultime Perfection et c’est dans ce moment de faiblesse que mes mères remarquèrent mon existence.

 

En posant enfin les yeux sur moi, elles découvrirent enfin l’essence même de leur création. Leur bonheur et leur tristesse se mêlèrent en prenant conscience d’avoir découvert leur plus belle réussite au moment où tout allait être perdu. Je les consolai en y mettant tout mon amour et toute ma tendresse comme je le fis avec la ténébreuse Noxe. Je leur contai mon histoire, mes envies, mes douleurs mais surtout mes peurs… Je leur parlai du Masque…

 

C’est à ce moment-là que je leur susurrai mon plan.

 

Et pour la première fois, elles écoutèrent l’avis d’un autre. Je leur conseillai de ravir le cœur des Hommes à l’influence de leur père corrompu. Elles devaient s’abaisser à léguer leurs pouvoirs artistiques aux créatures de l’Ennemi. Il leur fallait pour cela user des propres armes du grand Tricheur et trahir la confiance du fidèle Dirune en sacrifiant son essence dans un nouveau rituel, celui de l’Inspiration.

 

Je suis l’Ultime Perfection, l’unique raison pour laquelle les Muses oublièrent leur orgueil.

 

Les quatre Mères firent tous les préparatifs du rituel et attirèrent dans un imprévisible traquenard leur candide allié qui ne soupçonnait pas la trahison. Pris au piège, Diurne s’abandonna à son sort et accepta de guerre lasse son sacrifice. Mais ses enfants Lueurs se révoltèrent contre l’injustice des Muses et cherchèrent à s’opposer à leur volonté. Les phénix, excellences des Muses, se chargèrent de neutraliser les fidèles serviteurs de lumière.

 

Le rituel de l’Inspiration pouvait donc commencer.

 

Les Muses réécrivirent ainsi le dernier acte avec toute la splendeur dont elles étaient capables. Je fus époustouflé par la chorégraphie du rituel et ma surface frissonna de mon émerveillement. L’essence de Diurne se divisa en un nombre incalculable de superbes Flammes qui recueillirent le pouvoir des Muses. Les quatre Mères vidées de leurs âmes artistiques, offertes toutes entières aux Hommes, me confièrent la lourde responsabilité de distribuer ce trésor.

 

Je suis l'Ultime Perfection et je suis devenu le Centresprit, celui qui distribue les Flammes.

 

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