"Je suis l'Ultime Perfection" (9)

Publié le par Nonène


Version complète dans "Créations"

Une nouvelle fois, les quatre Muses désignèrent leur éternel bouc émissaire dramaturge responsable de tous mes maux. La folie des Saisons, la puissance grandissante des Hommes, la haine et la destruction furent assimilées au Drame de leur fils. Jamais, au grand jamais, les quatre aveugles ne remarquèrent jamais la beauté qu’apportait le Drame et appropriaient injustement à leurs propres Arts les plus belles créations du Drame : le rire, l’émerveillement, le suspense… Elles maudirent la dramaturgie et interdirent sa pratique à leur fils.
 
Les Muses dépassaient les bornes du tolérable.
 
Le Dramaturge ne supporta pas cette injonction et en devint fou. Il ne pouvait aller contre sa nature et se cacha pour exprimer son art. Il devint un mystérieux voyageur qui fuit et se cache du regard censeur, il devint le Masque, le Vagabond. Son amour pour la mise en scène se transforma peu à peu en manie, en vice, en obsession, en seul recours. Je compatissais réellement pour son triste sort et l’injustice qu’il subissait mais, imperceptiblement, la peur prit le pas sur la pitié.
 
Je suis l’Ultime Perfection et je crains ce qu’est devenu le Dramaturge.
 
Le Masque atteignit la perfection de son art et voulut mettre en scène l’événement le plus improbable qu’il soit : la chute de ses toutes puissantes Mères, le plus grandiose matricide imaginable. Il prépara avec parcimonie les acteurs, les décors et les spectateurs. A l’aide de ses précieux conseils, la civilisation de ses enfants humains parvint à une connaissance inégalée de ma propre essence et mes enfants élémentäs servirent leurs desseins. Le Vagabond s’approchât également de sa fille réfugiée en mon sein. L’Ombre écouta une fois de plus avec intérêt ses mielleuses paroles.
 
Il lui parla liberté d’expression et justice.
 
L’Ombre ruminait sa souffrance depuis trop longtemps. Elle ressentait le besoin d’exprimer toute sa douleur à ma surface, prendre sa place dans la soi-disante perfection des Muses. Elle n’écouta plus mes paroles de réconfort, elle oublia l’amour et l’intérêt que je lui vouais. La pauvre enfant attendait avec impatience son arrivée en scène, ses démons brûlaient d’impatience de découvrir la lumière de Diurne.
 
Je suis l’Ultime Perfection et je n’étais plus que scène, décor et spectateur impuissant.

Publié dans Agone

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Elwin 22/02/2008 17:42

Je reste un piètre connaisseur d'Agone: j'ai lu les bouquins, fait une (très bonne) séance, et c'est fini... toutefois j'ai lu quelques autres ouvrages de gaborit où un souffle similaire parcourt les pages. Enfin bref, tout ça pour me justifier sur ma remarque à propos de l'ambiance...
Allez hop, au travail le Nonème! :p

E.

Nonène 28/02/2008 00:45

Oui, j'avais bien compris que tu connaissais un peu l'ambiance d'Agone, mais certains lecteurs du blog ne la connaissent pas. Je trouve amusant d'avoir des lecteurs qui ont une connaissance différente du thème, cela donne une lecture à différents niveaux.

Elwin 21/02/2008 22:11

Un méchant de grande ampleur, comme on les aime! L'ambiance colle parfaitement à ce que je connais d'Agone.

E.

Nonène 21/02/2008 22:49

Salut, très heureux de te voir par ici. Pourtant ce texte s'éloigne passablement des sentiers officiels de la gamme. Et oui, comme tu le fais remarquer, le grand méchant devient enfin méchant. ;) Nonène