Version complète dans "Chroniques des Au-delàs"
Le content porte alors son regard dans le foyer qu’il attise avec une bûche qui se trouvait à ses côtés. Un court silence s’instaure,
entrecoupé par quelques crépitements du feu rougeoyant. La sombre salle commune prend avec son éclairage rouge des allures de mystère.
- Je constate donc que tu en sais
long sur les mürt, petit… dit avec gravité le barde. Tu dois être à l’écoute des mürts, qu’ils soient dans tes rêves ou dans les contes. Ils sont toujours de bon conseil car ils transmettent les
desseins des dieux aux pauvres mortels que nous sommes. Et peut-être, si tu respectes la volonté des divinités et si tu fais preuve de piété à leur égard, ta vie sera meilleure et tu deviendras,
toi aussi, un mürt à ta mort.
- Tu connais des mürts ?
poursuit Mänis, curieux. Mon frère Ödgar dit qu’ils n’existent pas et qu’ils ne sont que des histoires pour amuser les petits enfants comme moi. Lorsque je lui ai dit que j’en ai vu dans mes
rêves, il s’est moqué de moi. Mais moi, je suis sûr qu’il en a peur !
- Peut être bien… les gens
d’au-delà de la mer aussi ont peur des mürts et des dieux. Il faut croire aux mürts pour qu’ils viennent visiter nos rêves et nos histoires. Je constate que tu es un brave garçon et je compte sur
toi pour rassurer ton frère et de le protéger contre le néant qui le guette, répond gravement le Content.
Sur ces paroles, Mänis se tait. Il est surpris par la tournure de la discussion. Tous ces contes et histoires dont il raffole prennent
tout à coup une gravité qu’il n’avait jamais imaginé. Il a peur pour son frère et se promet de lui persuader de croire. En quoi ? Il ne sait pas très bien mais il ne demande rien au barde.
Mänis a peur de toucher à des vérités effrayantes qui le dépassent. Il n’est qu’un petit enfant après tout.
Brisant l’atmosphère particulière du lieu, Kristi, la mère du garçonnet, entre dans la salle commune. La réalité reprend alors ses
droits.
- Par Gäbija, te voilà enfin,
Mänis ! dit-elle d’une voix sévère. Excusez-le, messire. J’espère qu’il ne vous a pas importuné et…
- Aucunement, femme, bien au
contraire. Votre fils m’a tenu bonne compagnie. D’ailleurs, pour le remercier, je lui confie ce présent.
Le Content retire alors un talisman de bois suspendu à son cou et le donne à Mänis.
- Dis merci au messire, Mänis,
ordonne la mère.
- Ce n’est pas la peine, répond
le barde sans laisser parler le garçonnet. Je sais qu’il en prendra soin et en fera bon usage. Cela me suffit.
Le barde marque une pause, puis reprend.
- Lorsque vous sortirez, prévenez
le village qu’il se rassemble ici ce soir. Je conterai la chronique de Falkis le furieux, cela leur donnera du courage pour la guerre qui se prépare.
Kristi se retire en prenant son enfant par la main qui serre de toutes ses forces son nouveau trésor. Le destin de Mänis bascule alors
dans un rêve, un fantasme, un troublant au-delà.
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